2025 -2026

  • Néant II – 2025
  • Fenêtre. A Guilleric – 2025

Almendra, Buraglio, Pétrel, Raffini

Entrevue[s]

  • À Caillebotte XXX – 2014
  • Rue Jimmy Cobb – 2020
  • Vue sur mer, 2013 – 2014
  • Avec Degas – Italie, 2025 © photos soumises à copyright (Ceysson & Bénétière)


Avec Entrevue[s] Ceysson & Bénétière se réjouit de mettre en dialogue à Luxembourg les
œuvres de Wilfrid Almendra, Pierre Buraglio, Aurélie Pétrel et David Raffini autour d’un thème
aussi familier que profond : la fenêtre. « Entrevue » désigne à la fois la rencontre entre les artistes,
leur échange autour de ce motif commun, une « entre-vue », qui se laisse voir entre deux
espaces, un intérieur et un extérieur. La fenêtre devient à la fois sujet partagé et lieu du regard. En
définissant le tableau comme une « fenêtre ouverte », Leon Battista Alberti inaugure l’analogie
entre cette ouverture et l’art visuel bidimensionnel. Ce topos constitue un concept majeur de
l’image occidentale. C’est le quadrilatère du tableau, ce cadre découpé dans la surface, qui fonde
cette comparaison et organise un espace de visibilité. Interface, entre visible et invisible, entre
intime et social, la fenêtre oriente la lumière, guide le regard ou au contraire est aveugle, une
surface close qui ne renvoie qu’à son propre dispositif.


Chez Wilfrid Almendra, la fenêtre se manifeste d’abord par la présence de ses composants dans
ses œuvres. Ses séries, notamment les Model Home, Sonatas, reprennent le vocabulaire du bâti,
le verre, le métal, les montants, mais détournent la fonction première de cette baie. Au lieu
d’ouvrir sur un paysage in visu, elles révèlent un paysage in situ, fait d’éléments et d’objets pris
dans l’épaisseur du cadre. Ces objets agissent par symbole : ils renvoient au monde social situé
de l’autre côté de la fenêtre, que celle-ci sépare traditionnellement de l’espace intime. Almendra
réactive ainsi la conception de Léonard de Vinci pour qui le tableau est une « paroi de verre »,
une surface transparente où s’articulent deux réalités. Ici cependant, cette paroi ne donne pas
accès à un ailleurs fictif, elle expose le seuil-même qui transite entre deux mondes.
Cette exploration de la fenêtre comme objet concret trouve un écho direct dans la série des
Fenêtres de Pierre Buraglio, réalisée dès le milieu des années 1970. Buraglio prélève des vantaux
sur des chantiers : ces éléments structuraux (montants, gonds et traces d’usage…) sont associés à
du verre bleu ou incolore, et l’ensemble est présenté comme une œuvre autonome. Les gestes
du charpentier se mêlent à ceux du vitrier. Ces fragments architecturaux ne donnent sur aucun
paysage, mais sur leur propre structure. Ils s’affirment comme des ouvertures aveugles, des
interfaces qui n’ouvrent sur rien d’autre qu’elles-mêmes, où le cadre devient littéralement le sujet.
Le verre étiré, les arêtes vives de la découpe, le dialogue entre bleu et vert rappellent à la fois
Matisse et la Crucifixion de Philippe de Champaigne. La fenêtre cesse ici d’être un motif pour
devenir un objet spécifique de la peinture moderne, un dispositif où se rejoue la question du
cadre, de la découpe et de la vision.


À cette fenêtre-objet répond la fenêtre-image dans l’œuvre d’Aurélie Pétrel. L’histoire de la
photographie commence littéralement depuis une fenêtre, celle par laquelle Niépce capture, en
1826, la vue de sa maison. La photographie fonctionne comme un quadrilatère qui découpe le
réel, un seuil qui organise lumière, temps et espace. Les œuvres de Pétrel prolongent cette
généalogie en multipliant les dispositifs où une scène photographiée contient elle-même une
ouverture, ou inversement où la structure de l’image redouble la fenêtre qu’elle encadre. La
photographie devient ainsi un entre-deux, un fragment du monde retenu et rejoué, où la fenêtre
est à la fois sujet, dispositif et mise en abîme.
Ce dialogue se prolonge dans la peinture de David Raffini, où la fenêtre devient une expérience
perceptive et mémorielle. Les tissus pliés, froissés ou tendus qu’il utilise transforment la surface
du tableau en membrane, rideau ou ouverture, rappelant la fugacité d’un paysage contemplé à
travers une fenêtre. La peinture fixe ces perceptions dans la matière textile, transformant des plis
éphémères en mémoire durable, à la manière d’une sensation qui s’imprime sur la rétine. Chez
Raffini, le motif n’est qu’un prétexte : comme le formule Dolla, « la peinture elle-même est son
propre sujet ». La fenêtre devient un seuil perceptif, un lieu où se rencontrent surface et
profondeur, flou et netteté, abstraction et figuration. Elle est aussi une fenêtre temporelle, l’instant
suspendu où l’attention de l’atelier se cristallise dans le geste et dans la lumière.

Ceysson & Bénétière

Avec Matisse – Nice I – 2025 (Ceysson & Bénétière) ©photo: claude piscitelli

  • Fenêtre – Petit bois – 2020 ©photo: claude piscitelli

Vu de l’exposition Etrevues – Photo © Claude Piscitelli – Tous droits réservés Ceysson & Bénétière



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