FENETRES
Fenêtres ramassées sur les chantiers de démolition;
choisies; sélectionnées (limitées à une partie
d'elles-mêmes); exposées selon leur état, telles
ou ragréées. Les opérations pratiquées en
atelier côtoient les gestes du charpentier; et avec le masticage
d'un verre étiré de 2 mm bleu, ceux du peintre-vitrier.
Ces équerres seront perçues comme lieu de contradiction.
Comme différentes et analogues à la fenêtre. Les
détails de l'appareillage de la fenêtre, tels gonds, ferrures,
maintiennent la référence, alors qu'avec la coupure et
la couleur la relation est suspendue. Choses, elles devraient échapper à toute
réification. Des pitons de longueurs différentes distancent
les fenêtres du mur, qui reçoit leur ombre portée
plus ou moins épaisse de ce fait, et de l'inclinaison des projecteurs;
elles sont présentées comme leur matérialité l'exige
- soit l'intérieur, soit l'extérieur (jet d'eau).
Les Fenêtres s'ouvrent sur ces deux versants de la Couleur. Couleur
du monde, d'une part: les Battants moutons ou Impostes cintrés,
etc., déjà colorés; à accepter sur leur bonne
mine. La Couleur individualisée, choisie, d'autre part: le Bleu étiré des
feuilles de deux millimètres que le diamant découpe "à vif ";
ou la vitre incolore – incolore que de nom, etc. N'importe quelle
couleur; et un certain bleu, un certain vert... Regarder dans L'été ou
Ruth et Booz, l'étoffe rouge, les personnages jaunes, etc.
Deux citations qui me poursuivent précisément
parce que les Fenêtres battent sur le mur. Ce à quoi je
n'ai rien à ajouter... De Fernando Pessoa: «Laissez-moi
respirer Ouvrez toutes les fenêtres. Ouvrez plus de fenêtres
qu'il n'y a de fenêtres dans le monde».
De Groucho Marx (cité de mémoire) : "Il fait trop
chaud: cassez un carreau!»
Thélonius Monk
Notes pour une exposition en 1982, MNAM, Centre
Georges Pompidou, in Ecrits.
[...] J'aime dans Le vitrier qui passe cette notation
de Dominique Fourcade « une odeur de transparence» je la
lis ainsi, autrement que l'odeur du vernis incolore: elle est pour moi
la quintessence des odeurs du travail, celle réelle du vernis,
de la colle, celles oubliées, nostalgiques ou rêvées
d'une palette, celles du corps et peut-être du tabac brun sur les
papiers des paquets de Gauloises. L'odeur de transparence provoquerait
une anamnèse qu'aucun parfum ne procure - comme le parfum très
loin est la reviviscence du désir. L'odeur de transparence est
au-delà de ce désir, ce qui le comble peut-être.
Derrière la vitre il n'y a rien, pas même un visage perdu.
L'odeur de transparence, c'est l'odeur bleue d'un oubli blanc. Ce vide
plénier où le plaisir semble très loin et où l'on
a cessé d'avoir mal. Quand les phrases de Contrebasse Noir se
taisent. Que le travail a lieu. L'oeuvre jouerait-elle de l'oubli? Les
caviardages qui, sur les agendas de Buraglio, noircissent la mémoire
des rendez-vous, en leur conservant leur précision d'heure et
de date, semblent le dire. Le noir serait la couleur de l'oubli, comme
le caviardage est l'étape logique qui contredit organiquement
les notations de Contrebasse Noir. Les fondations en quelque sorte du
silence à construire. Contrebasse Noir: comme une nuit privée
d'obscurité, comme un jour privé de travail. Ponctuer "attente, être
attentif. Le noir de la nuit serait précieux comme le vide en "ceuvre
: le lieu peureusement traqué, où le silence se fait.
Alain
Bonfand, Buraglio, édition La différence, 1989.