Emile et Rosa

Emile, Rosa, Karl, et Edmond


 

Pierre Buraglio, né en 1939 : date de naissance en date de guerre. Drôle de guerre, mesures de guerre, famille en guerre, famille de guerre, sans père : 1940, le père de Pierre est fait prisonnier, il ne le connaîtra qu’à son retour, en 1945. Dès le premier volet de SUITE (en cours… sans fin…) », l’enfant devenu l’artiste Pierre Buraglio s’interroge, avec ironie sur lui-même et sur le genre du Journal : tendresse pour ses proches, peurs et soulagements d’enfant. Il a quatre ans, sa mère se trouve subitement « prisonnière », enfermée dans « le petit endroit ». épisode dérisoire, qu’il ressent sur un mode tragique : « De quoi se souvient-on » ? Ce Journal dessiné et collé,  rehaussé de couleurs et de remarques écrites expose ce que doit être une autobiographie : délibérer avec son passé, dans le morcellement et le collages de bribes de souvenirs familiaux, de fragments singuliers, retrouvés, rapetassés, rappelés, racontés. Collages, découpages, rafistolages, radoubements, bricolages. Coïncidences, hasards, « recoupements, recollements » : l’artiste cela le connaît: il colle et recolle, cloue et décloue, agrafe, désagrafe, du papier, du bois, du contreplaqué, du carton, des mots, les siens, ceux des amis proches, ceux des plus lointains, affinités électives, littéraires, artistiques.
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J’ai récemment eu la surprise de rencontrer Pierre Buraglio à l’exposition Manet, en 2011, au musée d’Orsay. Je ne m’attendais pas à le voir travailler « d’après » ce peintre généralement considéré comme le premier artiste de la modernité : pourquoi celui qui cherche la modestie des moyens chez Chardin ou Cézanne s’intéresse-t-il au virtuose du cerne noir et de l’aplat franc ?
Cette exposition permettait de voir des tableaux ou des fragments de tableau, comme L’Exécution de l’empereur Maximilien (1867). L’œuvre est devenue célèbre autant pour ses qualités picturales que par les interprétations qui en ont été données. En effet, André Malraux y voit « le Trois Mai de Goya moins ce que ce tableau signifie1», et pour Georges Bataille, «[Manet] peignit la mort du condamné avec la même indifférence que s’il avait élu pour objet de son travail une fleur, ou un poisson2. » Les historiens de l’art ont montré plus tard comment cette interprétation séduisante était simplificatrice: Manet, marqué par cette fin violente, s’était au contraire beaucoup documenté et avait notamment travaillé à partir de photos, étudiant les accessoires et éléments de costume.
Le passage par le sujet militaire -avec surtout l’insistance sur les détails matériels- est pour Manet comme pour Buraglio une voie surprenante. La démarche, près de cent cinquante ans plus tard, est pourtant similaire : partir d’éléments enchâssés dans l’événement pour en révéler la forme essentielle. Cette décantation se décline en trois niveaux qui coexistent. Sébastien Golkap
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Titres visuels du diaporama :

  • « Rêve de soldat I » (à Léon Werth) fusain, peinture sur carton, 34 x 43 cm, 2011
  • « Rouge » – peinture à l’huile 31 x 56cm, 2011
  • « Blason J1 » -R/KI fusain, craie grasse sur contreplaqué découpage 58 x 41cm, 2011
  • « Cat I » crayon, gouache sur papier calque, épinglage, agrafages 48 x 55cm
  • « Extrait de J1 Volume III » – éditions Catherine Putman
  • « Rêve de soldat X » – peinture à l’huile, fusain sur contreplaqué 74 x 56cm, 2012
  • « Edmond III »- fusain, aquarelle, argenture sur papier de soie 59 x 151,5cm
  • « Kamerad II » (à Luc Albert Moreau) crayon, peinture sur contreplaqué 46 x 38cm, 2010-2011
  • « Kamerad VI » -peinture à l’huile sur bois, châssis 61,5 x 50cm, 2012
  • « Rêve de soldat IV » – fusain crayon de couleur, argenture et gouache sur carton 57,5 x 59cm, 2011
  • « Kamerad I » mine de plomb peinture à l’huile sur bois, châssis 65 x 92cm, 2010-2011
  • « Edmond »
  • « Edmond »
  • « Edmond
  • « Kamerad V » (à Marcel Grommaire) -peinture à l’huile sur bois, châssis 73,5,5 x 117cm, 2010-2011. Coll. privée
  • « Même combat » – peinture à l’huile, découpage, châssis 22,5 x 42cm, 2011
  • « La capote de Poiret III » – crayon sur papier calque, épinglage 54 x 40cm, 2011
  • « Rêve de soldat VIII » – fusain, pastel, argenture et gouache sur carton 54 x 44cm, 2011
  • « Juin poignardé »,
  • « Spartacus » – Peinture 54 x 44cm, 2011
  • « Rosa et Karl » –
  • « Vues de l’exposition » « Le parti pris des restes », galerie Jean Fournier, Paris
  • “Rosa / Karl”. Variation. 46 cm x 37,5 cm. 2011


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