ECRITS DE BURAGLIO
1966-1988 (choix)
Ma fille, alors âgée de quatre ans, m'interrogeait, dans
son parler : « Elle fait, Claude? », disait-elle. Cette enfant
cherchait (c'est ainsi que je me l'explique) à se représenter
ce qu'elle aurait pu faire, ou dire, quels étaient ses comportements.
comme ses paroles, qui avaient pu nous faire sourire. Pas à s'expliquer.
non : à se représenter. Ainsi n'en serait-il pas de la
pratique du peintre... La rédaction de notes - comme activité réflexive
permet de faire retour sur ce qui a été produit, pour le
voir. tel en miroir ; donc autrement ; différemment. Voir, lire
pour en parler. Faire parler. Ce qui se donne à lire: la succession
contrariée (séquences contradictoires) des travaux qui
ont dévoilé à mesure qu'ils ont été produits
leur pensée productrice; et se proposent à la lecture réactive
ment. Ce qui se donne à lire: une pratique répétitive.
qui du fait de ce retour réflexif deviendra plus appréhensible
sans toutefois perdre son épaisseur. En effet, le texte verbal
cataloguera les matériaux recourus ; décrira les gestes;
donnera la mesure du temps réellement employé à etc.,
mais sans entamer le texte pictural.
(Des mots, nous ne faisons pas un usage innocent...
Nous sommes englués.)
Queyrac. 1978 .
Concevoir la pratique de peindre comme le champ
où peut s'exhiber
notre non-liberté. En effet. c'est sur le fond anonyme et contraignant
de la peinture, de la façon la moins spontanée que le peintre
développe son discours. Consciemment critique. Travail qui se
limite à n'être qu'un écart, permanente référence
aux peintures qui le sous-tendent; aux peintres qui depuis Cézanne
s'interrogent sur le langage de la peinture; l'épuisent. Il faut
admettre cette peinture comme indication. Discours muet. et cependant
indicatif.
La production de ces surfaces est une critique en
acte. La peinture met son objet à l'épreuve, en se mettant à l'épreuve
de son objet.
Critique et autocritique. Ces surfaces précèdent comme
critique réelle. matérielle, ce texte (qui toutefois en
accélère le processus).
Vision d'une illisibilité manifeste, laissée anonyme.
Illisibilité lisible comme telle. Cette vision: c'est la saisie
immédiate et globale de ces superficies (180 x 200) qui restent
surfaces et font écran. Sur lequel le spectateur bute. Mais il
n'est pas laissé devant un tableau abstrait, c'est-à-dire
comme fixé sur un fond de tasse de café turc, à divaguer.
C'est un fait que ces surfaces (camouflage et blanc)
juxtaposées,
pour celui qui les regarde, ne disent rien. C'est un fait que le peintre
ne dit quoi que ce soit, mais en le disant, en le répétant
- ce qui n'est pas se taire, ce qui n'est pas s'abstenir - au contraire.
Se taire; pour faire parler. .
Que font-elles voir, percevoir, sentir, ces surfaces
? Une présence
matérielle qui manifeste une absence, rendue sans symbolisme par
la seule présence de ces surfaces.
L'absence de toute représentation, démonstration, conjuguée à celle
du peintre, constitue une situation de silence inhérente à ces
surfaces. Dès lors qu'elles sont produites, vecteur de silence.
A la relation : l'artiste et son oeuvre, une telle pratique substitue
le produit et son peintre - celui-ci restant second en regard de ce qu'il
a fabriqué. Ces surfaces font référence. Leur économie
renvoie à des peintures qui systématisent un certain développement
de la peinture moderne. Ces surfaces reproduisent ce développement
dans l'expérience de ses limites. Limites déjà indiquées
par Cézanne, puis le cubisme analytique, atteintes par Mondrian
et Pollock.
Dans les séries de toiles qu'ils ont respectivement peintes dans
des périodes déterminées, nous déchiffrons
la problématique suivante : la relation forme/fond autrement dit
du support (de la toile) et de ce qui sera peint dessus.
La soumission à cette réalité anonyme et contraignante, à ce
fond de peinture auquel le peintre se lie délibérément,
permet de ne pas peindre comme on veut à l'heure où l'on
proclame que le peintre est enfin libre.
L'exercice de la peinture prise comme son sujet
est le champ dans lequel l'opérateur de ces surfaces agit, consume (a consumé) les
ressources dont il dispose. Il est bel et bien bloqué.
Doit répéter, paraphraser, citer. Il s'agit de montrer
qu'une telle peinture bute sur le mur qu'elle s'est dressé. Il
est temps d'arrêter.
Notes qui devaient accompagner un " Mondrian camouflé" (cf.
p. 37)pour dossier 68. Ce texte. finalement. ne devait pas être
publié.
Le dogme est moins utile que la bouse de vache.
(Attribué à Mao Tse-toung)
Je réponds d'une manière moins en lacis qu'il ne pourrait
paraître.
1- Après une visite au Louvre... Je peux constater par l'observation
et J'analyse serrée ce qui fonde la grande peinture. Celle-ci
m'émeut; je l'aime comme le paradis perdu. Pourquoi ne pas renouer
avec la Tradition en transposant, en adaptant aux données de notre
temps, en renouvelant... Décidément non. Il faut se prémunir
du constat qui installe dans de fausses certitudes... Nier pour affirmer.
Mettre en pratique la négation comme acte positif. De façon
concrète par le refus; des refus (et des choix par voie de conséquence).
Refus en regard de la pratique de peindre, comme du vécu – selon
cette morale: faire face, ne pas contourner. Bien qu'il faille aujourd'hui
accepter/refuser ce qu'il fallait refuser/ accepter hier, refus (et choix)
renvoient à cette attitude.
Ne pas recourir aux moyens éprouvés qu'offre la Tradition,
c'est affirmer, de fait, une nouvelle relation par les matériaux
et les outils à la peinture; une nouvelle façon d'opérer
par les gestes, la nature du plan de travail. Plus Cézanne affirmait
qu'il voulait faire de « l'impressionnisme un art durable comme
celui des musées », plus il le questionnait – le remettait
en question. Les refus déplacent l'art du terrain où la
culture l'enclôt et oblige à la définition de nouveaux
critère pour le reconnaître et l'appréhender; et
le monde lui-même.
Dès lors qu'un artiste produit comme le Présent lui impose,
et par urgence intérieure, le Nouveau, il se protégera
des exigences de "nouveautés" auxquelles le marché de
l'art veut l'assujettir... Les chiens aboient, la caravane passe...
Comment, sous le regard du musée, ne pas se libérer
de certain excès modernistes dont nous souffrons – sinon
par l'excès même Persévérer. Exagérer.
Jamais décret ni mode ne feront que ce qui se peint, s'écrit,
se compose sera "classique", "beau", etc. nous ne
pouvons, contraints, que produire des objets critiques desquels a priori,
nous ignorons tout sauf ce qu'ils ne doivent pas être.
2- Parce que non productiviste parce que résistante à tout
pouvoir l'activité artistique a une situation périlleuse
menacée par l'utilitarisme de classe. Or l'art est indispensable
précisément quand il ne doit servir à quoi que ce
soit, à qui que ce soit parce qu'il agit hors de toute causalité,
produit à la forme intransitive, au mode indicatif, au temps présent,
l'artiste est responsable totalement de ses actes. Ni la nécessité ni
l'utilité ne les justjfient; ne les excuseront. Ils témoignent
pour eux-mêmes. Témoins à charge!
3. Le métier de peindre s'exerce et s'accomplit au jour le jour
(à jour faillant), à découvert, non à l'abri
d'une pensée totalisante (la Science, une gnose). Le rapport à la
connaissance est nécessairement fragmentaire, empirique, quelques
pans de savoir, quelques expériences systématisées.
"Il Y a beau temps que je rêve d'une sorte de vade-mecum
qui, en un volume réduit, contiendrait le bagage d'objets et de
connaissances d'une stricte utilité pour la pratique comme pour
la théorie de la vie" M. Leiris (Biffures).
Réponse à une enquête sur te La théorie dans
l'art contemporain.
in Documents sur. n) 6-7-8, septembre 1980.
NOTES SUR LES MASQUAGES POUR UNE EXPOSITION GALERIE
JEAN FOURNIER, FÉVRIER
1980
Première série commencée en 1975 ; continue; continuée...
Chutes de ruban de masquage (masking-tapes) glanées derrière
un peintre après qu'il en eut fait un premier usage pour être
réutilisées. Ces rubans se présentent sous forme
de boules compactes et colorées; à dominante rouge, gris,
multicolore... A mesure qu'ils sont séparés les uns des
autres, ils sont posés le long de l'arête d'une feuille
de papier calque. Ils suivent le périmètre: encadrent un
Blanc, qu'ils ont circonscrit. Parfois, des rubans placés sur
ou entre ceux d'angle dessinent des triangles scalènes qui surindiquent
les angles droits. La feuille de papier calque a été préalablement
mouillée à grand jet. Elle s'est resserrée, densifiée,
cette rétraction fait paraître (apparaître) le vide
comme plein. La maintenance de ces rubans colorés est assurée
par des agrafes. A l'origine une opération rapide, voire brutale,
et concomitante de celui qui regarde. Ils sont posés soit comme ça
vient, soit légèrement déplacés, soit après
qu'un parti monochrome ou bicolore eut été adopté:
ce n'est pas systématique. [...]
50 Masquages. La même chose, mais différemment. [...] La
peinture nourricière de la peinture, mise en abîme de la
peinture, phagocytose; ce travail évoquerait-il, comme le voit
ma compagne, une gribiche - toujours est-il que telle Pénélope
(la ruse en moins), je défais pour faire. Je produis en utilisant
le revers des choses un Revers. Il me souvient d'un manteau, cousu, brodé,
orné de. matériaux hétéroclites, réalisé par
une vieille dame: sorte de traîne royale longue de 5 à 6
mètres, vue à la Salpêtrière en 1965.
Les Masquages sont placés entre deux feuilles de plastique. Le
juste vu comprend un léger vide, sorte de marie-louise irrégulière
entre le cadre et le motif. Il y a une perte de la tactilité et
de l'éclat de certains tons (en revanche, la translucidité est
préservée). L'encadrement ne répond pas au seul
souci de conserver des matériaux précaires - il explicite
la leçon matissienne sur les " 4 côtés ".
En effet, les bords de la feuille, doublés de couleur, sont dédoublés
par le cadre blanc qui les répète comme cadre intérieur.
Deuxième série commencée en 1978; continue; continuée...
Les rubans sont, dans une première phase, collés sur plusieurs épaisseurs
de pages du Monde blanc, du rose-orange Marius, etc. Les pages suturées
de couleur sont arbitrairement assemblées. Des diagonales de rubans
plus larges, en surcharge, surindiquent l'espace occupé. Le collage
a produit évidemment un effet de matière qui se conjugue
au brouillage coloré. Critique: Les rubans (récupérés
dans les poubelles des peintres et des carrossiers d'automobiles) sont
alors posés sur une feuille de plastique, recouverte d'une deuxième
feuille. [...] Rien de caché. Comment en serait-il autrement?
Rien à cacher. [...] Les rubans sont posés telle une page
de bâtons de gauche à droite, de haut en bas. Coïncidence
entre le geste et l'effet obtenu. Bien que sélectionnés
par couleur (les rouges, les blancs, les multicolores), les rubans gardent
leur caractère imprévisible. Je ne les connais pas a priori;
ils sont ce qu'ils sont. [...] Ils se proposent à mesure qu'ils
sont dépiautés: les pages s'écrivent au temps Présent...
Les rubans sont posés en alternance selon des combinaisons éculées...
Une ligne oblique chaude - une froide, une ligne claire ... foncée,
etc. Ils remplissent la page. Que pourraient-ils faire d'autre? Les hachures
forment de petites zones de couleur, les formats se tiennent entre 90
x 65 et 50 x 42. L'effet de brouillage impressionniste sous-jacent (1
cm2 du Monet de Giverny démultiplié) harcèle la
nomination des couleurs: rouge vermillon, bleu céruléen,
etc. La page ne peut être retenue que comme écran. Donc
les couleurs contrastées ou voisines sont de même valeur.
[...] Parvenir à la remontée du Blanc vide/plein jusqu'à la
couleur qui avance vers notre reit. [.HJ
Notes sur les Masquages. pour une exposition galerie Jean Fournier, février
1980.
NOTES APRÈS L'EXPOSITION (MARS 1980)
Il ne se donne point de visible
sans retenue. Poussin
Le parti pris pour montrer les calques épinglés sur le
mur et encadrés fut celui de la frise. Effet pour un lieu, pour
un moment, et exhibé en tant que tel. Nous avions voulu par cet
accrochage mettre en vue une procédure; une fabrication en série;
une exécution rapide (sous
entendu le retour possible du matériau à "ses" poubelles
d'origine). [...] Parce qu'elle est l'Inattendu, parce que toujours renouvelée
dans ses rapports et ses contrastes, la Couleur est l'antidote de l'obsession.
La peinture naît/n'est que détachée du monde, de
soi-même.
[...] Sans doute les gestes radicaux, expéditifs qui décident
des Masquages menacent de les éclipser en tant que résultats.
Il faudra relever et analyser les effet obtenus. L'utilisation des couleurs
- matières des autres (position qui se radicalise avec la récupération
des déchets du carrossier, c'est.à-dire un Bleu Renault,
un Jaune Peugeot, etc.), produit des effets ipso-facto qui leur sont
spécifiques; tandis qu'en tant que couleurs du prisme, elles agissent
bien évidemment les unes sur les autres: Les rubans rapprochés,
chaque couleur agit de part et d'autre. Le dessin continu est alors d'une
lecture dynamique. Au contraire, si des blancs les séparent, les
couleurs déclineront davantage leur identité: un certain
Bleu, un certain Rouge, le parcours visuel est alors plus distors.[...]
La peinture se manifeste dans et par la tension
de l'appel du dedans qui résiste à celui de l'extérieur; et dans la contradiction
suivante: entre la perception qu'offre une superficie mesurable à l'reil,
portion d'espace arpentable, définie par les distances qui séparent
ses extrémités et son prolongement hors limites par la
capacité de la Couleur à irradier.
PAR LA FORCE DES FAITS
De très nombreux noms, beaucoup de titres, de manifestations
sont cités, évoqués. Ils le sont par la force des
faits relatés; et secondairement par souci d'être bref.
Je ne prétendrai pas être exhaustif; pas même exact. « ...On
a beau dire» (Nathalie Sarraute). L'année où Guy
Mollet envoie le contingent en Algérie, notre classe de seconde
s'époumone à l'adresse d'un jeune professeur: « ...
Dans les Aurè s! Dans les Aurès ! »
En 1962, j'écouterai avec mes camarades du F. U. A. des Beaux-Arts
de Paris les « you-you» de l'Indépendance. Réformé,
cette guerre je ne l'ai pas faite tout comme nombre de mes condisciples
qui, comme moi, se situaient entre « Paix en Algérie» et « Algérie
algérienne» (sans toutefois dépasser le soutien extérieur
au F.L.N.). Du coeur ; aucune formation théorique. Ce qui va unir
quelques-uns d'entre nous, et plus tard nous désunir, n'est-ce
pas la religiosité de l'art ? Nous incarnions le clown de Banville, écoeurés
par les épiciers de Baudelaire. Un discours faux va décider
de l'orientation de ma jeunesse. « L'Espoir » et « Les
Voix du silence », dès l'âge de dix-sept ans, me galvanisent.
Pourquoi ne pas le dire: ces livres continuent de m'émouvoir.
Préparation à l'École des Beaux-Arts... Balthus,
par élimination, se devait d'être le modèle. En fait,
inimitable car son métier requiert une discipline qui va a contrario
du style relâché de l'école où j'entrais en
1959. Comme tout le monde, je succombe à la tradition « bonardienne ».
Je lis les « Notes d'un peintre », de Bazaine; mais aussi
les lettres de Cézanne à Emile Bernard. Logiste du prix
de Rome... Le jury s'est ouvert à la peinture contemporaine; Soulages
est l'un de ses membres. Avec lui, rencontré dans le cadre des « Procès à...» (à Robbe
Griller. etc.) pour Clarté, je vais dialoguer, comme il l'exigera,
de peintre à peintre. Ce fut très stimulant, mais sans
effets immédiats.
La rupture, mieux le désaiguillage pour quelques-uns d'entre
nous, s'opère vers 1964. Parmentier ayant accompli les premiers
gestes radicaux. Pour ma part, mon voyage à New York (au Museum
of Modern Art et au Village Vanguard) en avait précipité le
cours. En 1963, Roger Chastel inaugurait son atelier - «... il
s'agira l'Éthique et non d'Esthétique... » : lira-t-il.
Mots qui faisaient écho aux (Peintres d'action américains
(1) Rosenberg parle de « l'ascèse l'un constant refus ".
Parmentier, déjà nommé, qui amène Buren,
Kermarec, Ristori, Aksine, Amor, Mahou, Prosi, Bodek, Rouan, Viallat
et Bioulès "montés" du Midi et moi-même
: fréquenteront l'atelier. Chastel invite certains d'entre nous à " Grands
et jeunes d'aujourd'hui" aux « Réalités nouvelles ».
Des dissensions. Salons, biennales, prix obtenus seront sans effet sur
la critique et les marchands. (II en sera autrement vers 1973-1974.)
1. La Tradition du nouveau. Editions de Minuit 1963.
Le marché impose les épigones de M. Duchamp qui font écran à la
peinture. La peinture - elle, est reconnue dans cette école de
Paris honnie, chez Bram Van Velde, chez Fautrier... Les pliages et les
nouages d'Hantaï vont décider d'une nouvelle relation à la
toile; faire en sorte sans écolage que se substituent, dans la
pratique, à la relation le créateur et son tableaule produit
et son producteur. Le travail d'Hantai relaye Pollock ; et éclaire
Matisse. L'école de New York dont elle participe voile alors le
travail de Matisse. Trois vocables -, tel un mot de passe: refus, silence,
et l'adjectif pauvre (quant aux moyens recourus), font que nous nous
reconnaissions...
1966.
"Perspectives nouvelles" (Antibes), invité par Jacques
Lepage. Galerie Jean Fournier: « Triptyque >. Buren, Meurice,
Parmentier, moi-même aux côtés de Tapiès, Hantaï,
Riopelle. J'expose deux agrafages.
Des lectures vont créer pour moi les possibilités d'une
pratique; vont permettre de conjuguer de façon disjonctive refus
et partis pris; de conforter un certain accomplissement de l'acte de
peindre. (On admettra qu'il y a différence entre la situation
de l'initiateur et celle du scoliaste.) "J'avance masqué. " (Descartes).
Je mentionnerai donc, comme lectures (encore marquées d'un signet)
: de Ponge, dans "Méthodes" : une conférence
de 1956," Pratique de la littérature" : une pochade
en prose du 13.12.1947.
De Barthes, dans "Le Degré zéro de l'écriture": "L'Écriture
blanche". De Robbe-Grillet: "Une voie pour le roman futur".
De Blanchot: "La Littérature et le droit à la mort" ; "L'Inconvenance
majeure". De Eco, dans "L'Oeuvre Ouverte ": "L'Informel
Comme ceuvre Ouverte". De Leiris: "De la littérature
considérée comme la tauromachie". Les spectacles de
Beckett montés par Blin, ceux de Brecht par Serreau. Dans la revue
Tel quel, d'abord non acceptée parce que trop "littéraire" je
vais trouver la première mise en mot - (indirecte), d'une peinture
que nous sommes quelques-uns à configurer... De Marcelin Pleynet,
Sur Kline et Rothko. De Pleynet également les trois articles parus
dans Les Lettres françaises, en 1967, qui inscrivaient la peinture
américaine dans le cours de la peinture moderne. De Ph. Sollers,
un article sur J. Bishop. De J.-J. Goux dans Tel quel N° 33 : « L'inscription
du travail ». Antérieurement, des préfaces de R.
Van Gindertaël ; la revue Lettre ouverte (il me souvient d'y avoir
lu Borduas) ; les Cahiers du Musée de poche. Par ailleurs Les
Lettres nouvelles, que dirige M. Nadeau, dans cette passe en creux de
l'histoire, aiguiseront ma sensibilité politique, ma révolte.
Je me réfère, dans ce moment, à « Littérature
et Révolution », à Trotsky, pour conforter (justifier
devrais-je écrire) mon attitude. Les « Chiens de garde» et « Mythologies
) exaspèrent.
J'y pratique d'abord un discret entrisme avec la «Salle Verte» (1965),
où je présente un recouvrement - vert comme tous les membres
du comité et du jury. Depuis 1966, le salon s'est ouvert aux courants
antagonistes; à Équipo-Cronica comme au S.M.P.T. qui y
fait, sur mon entremise, sa première présentation. Je n'étais
pas (ce que j'exprimais à Buren), et ne suis toujours pas, en
accord avec les positions que prit le groupe, avec le tract qu'il fit
distribuer... « Nous ne sommes pas peintres... » Justement,
si! J'exposais quant à moi un agrafage d'imprimés façon « abstraite» et
donnais pour le catalogue de ce 17e salon un texte (2) dont j'extrais
ces passages: « Peindre pouvait désigner à volonté :
j'ai peint une porte, une nature morte, une composition. A partir de
Pollock s'ajoute un emploi intransitif : je peins. Peindre un tableau
- la force de celui qui le produit devient le sens dernier de ce tableau.
L'absence de toute représentation devenue implicite dans le projet
du peintre - son action, concomitante de la fabrication du tableau, apparaît
contemporaine de ce qui est présenté, rendu présent...
Ce qui est énoncé dans la toile ne renvoie qu'à soi-même...
Entendons que l'inapplication de cette peinture, à représenter, à dépeindre, à être
parole, permet à la peinture elle-même de prendre en charge
toute la réalité de la peinture. Où se fondent les
motivations et les sollicitations (déjà picturales) à peindre
avec l'accomplissement de l'action du peintre, et le tableau déjà réalisé ?
Il est vrai que la peinture, comme la littérature "la plus
dégagée est en même temps la plus engagée
dans la mesure où elle sait que se prétendre libre dans
une société qui ne l'est pas, c'est accepter le sens mystificateur
du mot liberté par lequel cette société dissimule
ses prétentions" (M. Blanchot).
2. Reparu dans le catalogue de l'exposition de l'A.R.C.
2. ainsi que les autres textes cités.
La guerre du Viêt-nam, la Révolution culturelle chinoise
vont être les facteurs d'une re-mobilisation. Le texte marxiste-léniniste...
L. Althusser dont la lecture conduit à celle de Mao Sté-toung
et Gramsci; les « Cahiers M. L. » du cercle U. E.C. de la
rue d'Ulm sont déterminants. Si la littérature doit effectivement
mener quelque part, « Les Causeries de Y énan » auront
bien rempli leur fonction - j'en fis pour ma part une lecture ad litteram.
Salle rouge pour le Viêt-nam. Comme peintre et militant des C.Y.B.,
je vais contribuer à cerner le propos de cette opération
antinomique au « Mur de la Havane », à en exprimer
le ton singulier. Chacun des vingt participants va se soumettre à la
critique de tous, dont le critère politique (qui se fonde sur
les textes des Vietnamiens eux-mêmes) est le critère premier.
L. Cane ou G. Schlosser y satisfirent parfaitement. Le militant, progressivement
mais inexorablement, impose au peintre le point de vue utilitariste.
Le peintre ne s'adaptera pas; il s'effacera en tant que tel sans compromis.
Au cours des mois de mai et de juin 1968 à l'atelier d'affiches
quai Malaquais, puis replié rue des Saints-Pères, je ne
dessinerai pas une seule image, tout en apprenant à faire une
sérigraphie.
Comment faire coexister le background intellectuel
et sensible que j'ai laissé voir en filigrane; comment se réclamer, et de la
conception individualiste, morale, de l'art et de l'idéologie
Servir le peuple? Indubitablement, le mécanisme des refus s'amorce
de nouveau... refus à J.-P. Pincemin pour l'exposition à l'École
spéciale d'architecture (avril 1969). l'avais déjà refusé à Viallat
ma participation à « Dossier 1968" (Nice). Voici quelques
lignes du texte prévu et finalement non remis (cf. pp. 45, 48)
: Concevoir la pratique de peindre comme le champ où peut s'exhiber
notre non-liberté. En ef. fet, c'est sur le fond anonyme et contraignant
de la peinture, de la façon la moins spontanée, que le
peintre développe son discours. Consciemment critique. Travail
qui se limite à n'être qu'un écart, permanente référence
aux peintures qui le sous-tendent: aux peintres qui depuis Cézanne
s'interrogent sur le langage de la peinture, l'épuisent. Il faut
admettre cette peinture comme indication.
Discours muet, et cependant indicatif. (...)
L'exercice de la peinture prise comme son sujet
est le champ dans lequel l'opérateur de ces surfaces agit, consume (a consumé) les
ressources dont il dispose. Il est bel et bien bloqué. Doit répéter,
paraphraser, citer. Il s'agit de montrer qu'une telle peinture bute sur
le mur qu'elle s'est dressé. Il est temps de s'arrêter. » Ce
que je ne ferai que plus tard. Cependant, je ne saurai engager la discussion
que très cordialement. Cane et Dezeuze me proposent de collaborer à «Peinture
- Cahiers Théoriques ». (Au passage, je désigne « Châssis
passé au brou de noix» comme référence dans
mon parcours citationnel.) Comment prendre au sérieux, n'est-ce
pas, un peintre qui poursuit avec la série des camouflages une
pratique sous-tendue par les textes cités plus haut; tandis qu'il
s'élabore au Bulletin de la jeune peinture, publication qui s'essaie à développer
une critique des positions du groupe Tel quel 7 Faire le récit
du chemin parcouru, ne serait-ce pas admettre, faire admettre (à soi-même
d'abord) sinon une certaine incohérence, tout au moins un développement
nécessairement sinueux, entre des positions antithétiques
tels les obstacles du flipper à sa voie propre. C'est défendre
l'adhérence, par delà toutes les sollicitations 7 toutes
les adhésions. Adhérence à... Le recours insistant
persistant exagéré à un mode de faire, à une
méthode qui transfère dans la pratique de peindre, la part
la plus profonde de soi, donne la mesure de son adhérence à une
certaine manière d'être/façon de peindre. Abandon
progressif du métier; de la profession. Je pense aujourd'hui que
la confusion qui m'habitait alors était la suivante: je confondais
individualité et individualisme qui nomment deux choses différentes.
Pour rompre avec l'individualisme, je serais professionnel de l'organisation
la plus chrétienne, la plus stalinienne (qu'il est inutile de
désigner). Puis j'entrerais comme receveur sur rotative dans une
imprimerie de labeur. Brèves remarques de deux ordres sur cette
période: - On peut se référer à « L'Établi » J
qui pose bien la dualité de l'établissement: transformation
de soi-même et/ou efficience politique. Point d'interrogation en
toutes lettres. - Je repère Comme un fil d'Ariane - des gestes
automatisés du poste dit de « recette» à ces
opérations choisies (7) qui sont le ramassage, l'agrafage, le
dépiautage, le collage, mode opératoire selon lequel je
travaille depuis 1966.
Reprise heurtée du métier; de la profession. Que faire
? Cette formule qui systématiserait le mouvement gauchiste avec
ses poussées et retombées, j'allais la vivre, dans l'atelier.
Tentative de nourrir la peinture du vécu immédiat. Échec,
bien sûr.
3. De R. Linhart. Seuil. 1978.
Tentative de reprendre le discours du Bulletin avec
Rebelote. C'était
une erreur, nonobstant la qualité des rédacteurs. Difficultés
relationnelles, prévisibles bien qu'inutilement discordiales avec "Support-Surface".
Je polémiquais alors en ces termes et peut-être suis-je
en partie rejoint aujourd'hui.
Peut-on être en accord avec eux ? Leur pratique artistique, en
effet - car elle ne nous persuade pas d'autre chose -, leur pratique
n'est pas scientifique. La scientificité qu'ils reconnaissent à leurs
produits repose sur l'illusion qu'ils auraient une totale connaissance
de ce qu'ils font. ~ » En d'autres termes: d'identifier production
et critique. J'avais écrit dans ce même texte: « C'est
une construction imaginaire (et importée) qui fait voir la peinture
moderne (?) depuis la rupture (?) comme un développement génétique
des formes, des derniers Cézanne à Ad Reindhard... » J'apprécie
le chemin à rebours d'Hélion.
La peinture s'impose. Série des châssis, des cadres. Lente
insertion professionnelle (catalogues Europalia, Cagnes-sur-Mer, etc.).
Quant au marché? ... « On n'est jamais assez plat» (L.
F. Céline à son éditeur). De rares acheteursce sont
des amis. Voyage à Florence, Sienne, Arezzo. Fenêtres. La
confianCe de S. Pagé et de C.
4. Ecrit pour une exposition de groupe de l'U.E.R.
de Limoges, T.P., travaux pratiques.