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ÉCRANS, CADRES, CHÂSSIS

Ces transparences laissées telles ou partiellement occultées, ces espaces délimités libres ou obstrués, parce qu'ils sont accolés ou apposés au mur font écran, et par conséquent sont inopérants comme transparence, espace libre... Celui qui regarde se cassera le nez dessus. Ces écrans qui se doivent " d'offrir à l'oeil la résistance d'une surface " (H.Matisse), s'identifient à leurs constituants matériels. Au premier regard: au châssis, support de tout support, laissé apparent ou voilé, dont ils se dédoublent en tant qu'espace pratiqué. Ils se présentent avec une évidence muette. Sans commentaire. Ils sont là, comme celui qui concentre son attention sur eux, et leur peintre par la concomitance du produit proposé et de l'action fabricatrice. Celui qui regarde butera sur ces choses dont toutes idées et intentions ont été éliminées; qui s'objectivent avec insistance. Devant ces écrans qui sont des béances, le taux de visibilité du spectateur, comme descendu de quelques dixièmes - lui fait voir l'entre-deux blanc entre le lisible noir; le pas dit; pas exprimé/pas exprimable. Je rapporte la parole d'un enfant: " ... mais que faut-il mettre entre le ciel et la mer, demande Philippe perplexe devant le blanc du papier qui ne le satisfait guère..." Par analogie ces transparences encadrées, ces espaces inoccupés prennent forme de fenêtres, de porte-fenêtres, toutes plus ou moins déglinguées, plus ou moir1s agréées; et renforcent le climat inhérent aux matériaux recourus. D'autres composants que bois et matériaux translucides suggéraient autre chose; et différemment. C'est ça: par raison d'être. Cette sollicitation de la mémoire, fait donc de ces espaces pratiqués un lieu de tensions entre des éclairs de réalité identifiable (fenêtres...) et des morceaux de peinture contemporaine référenciable (Informel, Action-painting, etc.).

Matisse disait à ses élèves "n'ayez pas peur d'être banals". Banal pour être vrai. "Les moments bizarres, grandioses ou comiques de l'existence ne sont pas seuls à comporter des valeurs élevées. Car le pénible, l'indifférent, l'accessoire renferment les mêmes secrets... ". Ces états, plus que quoi que ce .-soit d'autre tissent la vie. Pour être vrais, plus que les représenter en les théâtralisant (cf. l'Abstraction lyrique) ils doivent se confondre à l'acte de peindre lui-même. Là, de surcroît. (Manet n'avait pas peignant l'Olympia projet de peindre l'indécence, mais de faire le portrait de Victorine Meurend). Confondu au choix, ou non-choix de matériaux qui feront plus ou moins bon ménage; à des procédés d'exécution élémentaires: couleur et dessins banalisés; coloriage, badigeons (effets qui voisinent l'échantillonneur du marchand, ou les apprêts, le blanchiment du peintre en bâtiment), Quant au dessin, au tracé... imaginez-vous dans l'attente de la voix de l'autre au bout du fil laissant aller votre crayon sur un coin du Bottin. Le recours insistant, persistant, exagéré, à un mode de faire, à une méthode qui transfert dans la pratique de peindre la part la plus profonde de soi, donne la mesure de son adhérence à une certaine manière d'être/façon de peindre. Révélation interactive. Adherence dont l'effet continu est ressenti par-delà la diversité des cadres stylistiques et techniques. Pour ma part, sur dix ans (avec des interruptions de travail) je peux dégager: 1) Le tableau n'est pas ponctuellement, singulièrement préconçu. C'est par l'action fabricatrice, l'auto-dynamisme des matériaux bruts ou travaillés, la couleur qu'il se révêle. Le projet dégagé s'inscrit dans un ensemble conceptuel voulu.

2) L'utilisation de déchets « déjà picturaux ,. de mes propres travaux, ou récupérés. Sorte d'économie du pain perdu; parti-pris de faire avec... A souligner: la peinture est nourricière d'elle-même (cf. les morceaux de toiles peintes, des agrafages, comme les châssis imprégnés de couleur). Deux citations pour conclure: " Combien de choses connaissons-nous, au-delà du faux-savoir sans expérience, deux, trois? L'hygiène consiste en cette seule règle énonçable : s'en tenir le plus possible à ce que l'on connaît - situations, gestes, mots. idées, et ne pas faire semblant. Cela est bien peu, cela est décevant volontairement..(Présentation du-Faust Salpetrière - par B. Paútrat)."Trois fois rien, c'est déjà quelque chose... (Raymond Devos).

Paru dans N.D.L.R., écriture-peinture n° 2 (novembre 76).

 

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